© sophie lo
- 2007

Accueil

Discographie

La Barbara que j'ai connue

Presse & Radio

Boutique

Interprètes Photos Liens & Contact Biographie Billets d'Humeur & Editos Textes des Chansons Aquarelles

Billets d'Humeur & Editos

BILLETS D'HUMEUR

N°10: La Vie, l’Histoire et la Légende (2007)

 

Entrer dans la légende, quelle aventure !
Déjà, entrer dans l’histoire est inquiétant.
Selon la conjoncture, les besoins des causes qui se succèdent, ils sont bien bousculés, les personnages historiques. Et ne parlons pas des cas extrèmes, tel celui de Nestor Makhno, à qui j’ai emprunté mon pseudonyme. Le pauvre révolutionnaire ukrainien, traîné dans la boue depuis 1920, commence à peine à être réhabilité du bout des lèvres. Il y a (peut-être) pire, le cas de ceux à qui la réhabilitation n’arrive jamais, ou, tout simplement, les oubliés de l’histoire (y compris, cela va sans dire, histoire des arts et des artistes).
Mensonges pour mensonges, autant entrer directement dans la légende, c’est plus sûr. Et légende pour légende, autant que celle-ci soit une pure création de l’esprit, une Iliade, une Odyssée, un Tristan et Yseult. Au moins, l’imagination y trouve-telle son compte et l’hommage qu’on peut lui rendre est-il satisfaisant.
Mais la vie, dans tout cela ?
Notre vie ? Tout le monde s’en fout, à commencer par les premiers intéressés.
Nous avons l’art de nous mentir et d’écrire, en toute bonne foi, notre histoire comme il nous plaît de nous en souvenir. Autour d’une table, familiale, par exemple, acteurs et témoins d’une même réunion conviviale, aucun d’entre nous ne la vit ni ne s’en souvient comme son voisin.
Alors ? Vive la fiction, pourvu qu’elle apporte un peu de bleu dans les jours gris
« un peu de fantaisie ou de poésie ». Tiens, je trouve que le Roi Dagobert, qui a mis sa culotte à l’envers, est sans doute plus mémorable et plus amusant que son modèle.
Interrogez vos propres mémoires, ne préférez-vous pas Barbe Bleue à Gilles de Rais ?
C’est beau, la légende.
Il était une fois, redites-le moi, à l’infini.

 

N°9: Approximatif (2006)

 

C’est la faute à qui, c’est la faute à quoi ?
C’est la faute à « pas d’chance », ou c’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau, comme chantait Gavroche.
Aujourd’hui, ce n’est plus la faute à personne.
« C’est pas moi, c’est les autres. » Voilà ce que je suggère qu’on érige en principe absolu et qu’on grave au fronton des édifices publics, à la place de « Liberté, Egalité, Fraternité ». Ce serait le reflet navrant de nos mœurs.
Et cela vaut pour tout, y compris pour les approximations relatives au langage.
« Les autres disent comme ça, et si je dis autrement, on va penser que c’est moi qui me trompe. » sic.
Eh bien moi, je m’en fous si « on » pense que je me trompe.
Je continue à ne pas dire vindicatif quand je veux dire agressif.
Je continue à dire et écrire antédiluvien avec un seul L.
Je ne mets pas de S à mille, ni à quatre, ni à des tas d’autres mots qui servent à faire des liaisons dites familièrment
« mal-t-à propos.
Je dis dilemme, je dis indemne.
Je dis enchifrené et pas chafoin pour évoquer un rhume.
Je dis pécuniaire et pas pécunier.
Je dis aréopage et pas aéropage…
Je dis « je ne suis pas près de … » et pas « je ne suis pas prête de … », je tiens à « je me le rappelle et je m’en souviens».
Oui, toute allusion à des personnes existantes est voulue et je pourrais déboiser une partie d’Amazonie qui n’en a certes pas besoin, pour publier la liste de ce
qui m’exaspère, dans le même style.
Et tout cela n’est que pure forme.Pour le contenu des discours, c’est pareil.
Approximation, sans vérification, c’est la loi de la communication et de l’information.
Tiens, je viens d’apprendre, à la lecture d’un ouvrage qui va faire autorité (sur la chanson française), que j’étais la mère d’un compositeur dont j’ignore tout, sauf le patronyme. D’où vient l’information ? « On m’a dit »… « J’ai toujours cru que… »J’ai envie de baisser les bras devant l’approximation et de passer à autre chose..

 

8: Appuyer sur le bouton (2005)

 

Question :
Tu appuies sur un bouton. A l’autre bout du monde quelqu’un meurt, un inconnu dont tu ne sauras jamais rien. Dans le même instant, autre conséquence de ton geste, tu fais fortune.
Est-ce que tu appuies sur le bouton ?
Cette question, je crois qu’on me l’a posée dès l’âge de raison, soit sept ans.
Elle m’est revenue en mémoire et je l’ai posée à un garçon d’à peine trente ans, bien sous tous rapports, comme on dit, élevé à l’ancienne et volontiers serviable, bosseur et respectueux de ses père et mère. Ajoutons à ce portrait qu’il est franc du collier.
La réponse fut sans détour :
« Bien sûr, j’appuie sur le bouton, sinon je suis un imbécile. De toutes façons, c’est comme ça que fonctionne notre société. »
Outre un peu de surprise face à la spontanéité de la réaction, je m’attendais à cet aveu.
Tout est dit : notre société fonde sa légitimité et établit sa finalité dans l’élimination de millions d’individus sur la planète, au nom d’une seule loi, celle du profit. Comment les êtres qu’elle engendre pourraient-ils être meilleurs qu’elle ?
A part les rebelles.
Mais les rebelles sont-ils assez nombreux, assez motivés, et sont-ils capables de réinventer un humanisme ?
Mon optimisme nuancé de scepticisme m’incite, en dépit de tout, à répondre oui. Mais est-ce bien raisonnable ?

 

7: La Cigarette de Malraux (2005)

 


Quand j’écrivais cet édito… il y a 8 ans déjà… je croyais que nous n’étions pas prêts à nous laisser formater comme ça. Et voilà qu’aujourd’hui chacun semble vouloir donner la main à la « BigBrotherisation ». Je ne fume plus, et alors ? Est-ce que ça signifie que les fumeurs soient des parias ?
Je me suis laissé dire que certains nettoyeurs de conscience collective faisaient disparaître des Agences/photos toutes les images de Barbara/fumeuse. No comment.
La Cigarette de Malraux
Elle a disparu du portrait officiel de Malraux, lors de l’entrée de celui-ci au Panthéon. La cigarette est décidément mal vue. Déjà, sans vouloir établir de parallèle entre les deux fumeurs, elle avait été proscrite de la bande dessinée Lucky Luke en même temps que les petites femmes qui levaient la jambe, pourtant bien pudiquement, dans les saloons où le héros traquait les vilains Dalton. Maigret va-t-il être privé de sa pipe, et verra-t-on les compilations de Gainsbourg présenter le noctambule fumeur de Gitanes fraîchement rasé, en train de siroter une eau de source en croquant une pomme ?
Il y a de moins en moins de voix disposant des moyens suffisants de diffusion pour s’élever contre le gommage des différences. Personne ne prête-t-il attention à la gravité du danger d’uniformisation qui nous menace et dont les effets déjà omniprésents nous amènent à un ennui social incurable ?
Si l’on n’y prend pas garde, on finira tous par se ressembler, comme se ressemblent les villes-dortoirs, les sociétés anonymes, les automobiles, les couloirs de métro, les hamburgers et les émissions « prime time » de la télévision.
On finira tous par s’engouffrer dans les mêmes clubs de vacances,par visiter les mêmes quartiers sans risques et sans âme des mêmes villes du même bout du monde. On finira tous dans les mêmes hôpitaux, loin de notre propre face à face avec la mort (comme nous aurons été éloignés de notre propre face à face avec la vie), entourés des mêmes soins palliatifs, après avoir été protégés par les mêmes assurances contre le goût du risque, de la responsabilité, de l’amour qui fait mal et de l’engagement qui, parfois, vous amène au-delà de vos propres limites.
Il est à craindre que le conformisme établi ne nous pousse, comme dans le visionnaire roman de Boris Vian, à l’époque où il signait Vernon Sullivan « Et on tuera tous les affreux », à nous suicider, faute de « conformité ».
Rendons à Malraux sa cigarette, à Balzac ses excès de café et autres, à Baudelaire ses paradis artificiels, à Hemingway le fusil de son dernier voyage.
Rendons leur folie, leurs excès, leurs passions à ceux qui ont brûlé leur vie et tâchons de voir « leur vérité » en face sans nous brûler les yeux…

 

6: Confisquée, l'expression ? (2004)

 

Faire entendre sa voix, dans la cacophonie d’une époque qui prétend être celle de la communication, on pourrait croire que c’est la moindre des choses. On se tromperait radicalement.
Plus le paysage médiatique évolue, plus il devient touffu, segmenté, prolifique. Il est atteint du mal du siècle, « le tout économico-financier ».
Tous les outils de communication, chacun dans une catégorie prédéterminée, sont au service de la part de marché et de l’annonceur, autrement dit, de l’économiquement correct qui a pris la place du politiquement correct, en aggravant donc la situation.
Loi du marché : plaire au plus grand nombre.
Les « rebelles » ne sont autorisés à s’exprimer qu’au travers d’éditeurs graphiques, phonographiques ou autres, reconnus pour leur appartenance au système.
La signature d’une multinationale ou d’un éditeur aux moyens substantiels semble, corollairement, devoir se substituer à celle du créateur, un peu comme si on achetait des « tableaux » en fonction du nom du marchand, l’artiste s’effaçant à son profit.
Sale temps pour les marginaux, les vilains petits canards et les loups solitaires.
Que faire ?
Faut-il désespérer d’exprimer autre chose que ce qui est « attendu », « dans la tendance », puis « marketé » comme une quelconque paire de baskets ?
Doit-on se résigner à entendre, dans un proche avenir :
« J’ai acheté le dernier CD Universal » ou « Je vais voir le nouveau film Gaumont », ou encore « Le Grasset qui vient de paraître mérite un Goncourt. »
Raisonnablement optimiste de nature, je préfère détourner le regard de cet avenir prévisible (demain est déjà là) et constater qu’ailleurs, autre part, loin des trompettes de la renommée périssable, il y a des espaces encore libres pour le mot, la musique, l’image, et toute la création patiente qui va son petit bonhomme de chemin … qui sent la noisette …par le bouche à oreille et joue sur la corde sensible des rescapés de l’uniformisation institutionnalisée.
Si la fortune n’est évidemment pas au bout de l’entreprise marginale, elle porte cependant son salaire en soi. Ecrire pour le plaisir, chanter pour le plaisir, jouer pour le plaisir… pour le plaisir partagé avec une poignée de curieux, d’humains, autrement dit.
Alors, continuer est encore ce qu’on a de mieux à faire, au moins on est droit dans ses bottes et on ne se prend pas le chou avec des raseurs de toutes sortes.
Eh puis, on n’est pas à l’abri d’écrire, un jour, un « Temps des cerises »…


5: Bush ? Bof ! (2004)

 

J’avais plus ou moins envie de consacrer un édito à la réélection de Bush.
Et je me suis dit « bof ! » à quoi bon et par où l’attraper ?
Je n’ai pas changé mon fusil d’épaule, mais mon stylo à plume de cible.
Le tourisme de masse, défini récemment par Ariel Wizman comme une arme de destruction massive non encore répertoriée, m’apparaît un sujet plus fondamentalement sérieux. D’ailleurs, si la réélection de Bush en a surpris plus d’un à travers le monde, c’est sans doute parce que nous faisons du tourisme politique en pratiquant le survol et l’approximation sous toutes les latitudes et de toutes les façons possibles, y compris à travers le net.
Que savons-nous des Américains de l’Ohio ou de l’Utah, nous qui déplorons l’ignorance de l’Américain « moyen » à l’égard du Jurassien ou du Limougeot que nous croyons connaître, nous, Français de base ?
Plus nous nous déplaçons, à travers des circuits rapides, diversement privilégiés et planètophages, moins nous nous enrichissons, en matière de connaissance des autres, qu’il s’agisse des lieux, de la faune, le la flore, et des autochtones.
Nous dévorons des kilomètres, nous dévorons des impressions collectives, vite effacées par d’autres impressions, collectives elles aussi, et nous ne voyons des « ailleurs » que la façade ou la vitrine que les « tour opérateurs » veulent bien nous en montrer.
La religiosité et le conservatisme des Américains nous sont aussi viscéralement incommunicables que les fanatismes sectaires ou religieux, d’où qu’ils viennent et à quelque extrémité qu’ils mènent.
Obnubilés par toutes les pailles dans l’œil de l’autre, est-ce que nous sommes conscients de nos propres conservatismes, de nos égoïsmes, de nos vieillissements, de nos responsabilités dans les pourrissements de la planète ? Non, n’est-ce pas ?
Alors Bush, bof ! Posons-nous donc des questions utiles, auxquelles chacun d’entre nous peut répondre, partiellement, certes, mais en connaissance de cause.
Tiens, si nous commencions par arrêter d’arnaquer les touristes ? Si nous nous mettions à respecter notre voisin, ce qui nous donnerait titre à lui demander la réciproque ?
Avec des si …
Oui, décidément, Bush ? Bof !

 

4: Personnalité (2004)

 

" Pourquoi Barbara n'a-t-elle pas eu recours à l'analyse ? "
Bizarrement, la jeune femme qui m'a posé la question prétendait aimer les chansons de Barbara, la personnalité de Barbara, l'aura de Barbara.
Quand je lui ai répondu que c'était une volonté de sa part, énoncée en ces termes " Si on me soigne mes angoisses, je vais perdre mon talent ", la jeune femme s'est insurgée, insistant sur le fait que la chanteuse aurait pu vivre plus confortablement, amputée de ce qui fait mal.
Comment voulez-vous argumenter contre cela ?
Est-ce le but d'une vie que de la vivre confortablement ? N'y a-t-il pas un glissement insidieux mais néanmoins réel de confort à conformisme ?
Je ne dis pas que ce souci du confort psychique dénote une mauvaise intention, mais je ne peux pas y adhérer.
De quoi sont faites nos personnalités ? De soleil et d'ombre, de matins calmes et de coins secrets, et nous avons besoin de vivre avec ce trésor, même s'il contient des poisons. Les mêmes Candides qui prônent le confort s'insurgent devant les lobotomies telles qu'on nous les raconte dans " Soudain l'été dernier " ou " Vol au-dessus d'un nid de coucous ". Alors ?
Pourvu que nos chagrins, nos deuils, nos doutes, nos angoisses et toute la cohorte de nos fragilités ne nous poussent pas à nuire à autrui, vivons avec, et nos moments de grâce ou d'exaltation heureuse n'en seront que plus intenses.
A contre-courant de notre époque, je refuse le tout beau tout propre tout transparent. J'ai eu la chance de connaître des maisons avec greniers et jardins.
Certes pas aménagés par Lenôtre. Que serions-nous, sans greniers et jardins ?
Que devenons-nous sans terrains vagues, sans taillis, sans buissons, sans coins perdus, à l'intérieur de nos propres têtes ?
Merci à Barbara d'avoir vécu dans l'inconfort et d'avoir offert ses zones d'ombre à tous ceux à qui ses chansons ont tenu lieu de refuge et de réconfort.
Merci à tous ceux qui tiennent à conserver leur acuité, voire leur mal de vivre, pour nous en faire des bouquets.

 

3: Pourquoi je n'appelle pas au boycott (2004)

 

Le PDG de TF1 s'est officiellement couvert d'opprobre, avec la déclaration publique qui suit :
" A la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont vocation de le rendre disponible. C'est à dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du cerveau disponible. "
Cette déclaration a suscité les mouvements qu'on imagine chez un certain nombre de gens normaux.
L'un de mes ex-confrères journalistes m'a adressé un message à transmettre par e-mail, appelant à une journée de boycott de TF1, " pour garder notre dignité ".
Je n'ai pas transmis le message pour les bonnes raisons suivantes :
· Je ne corresponds qu'avec des amis ou, au moins, des gens fréquentables, donc sensés, qui ne regardent pas plus TF1 que je ne regarde moi-même cette chaîne (qu'on mette mon récepteur sous contrôle si l'on veut vérifier mon affirmation). Donc, mon appel au boycott serait sans effet.
· Je pense n'être d'aucun poids sur les imbéciles. Donc mon appel au boycott est inutile, et va donc savoir si les imbéciles qui, par le plus grand des hasard me connaîtraient, ne seraient pas plutôt tentés de faire le contraire de ce que je professe ?
· Le cynisme et le mépris d'autrui dont Patrick Le Lay fait preuve aurait tendance à me réjouir. Je trouve qu'il faut toujours mesurer jusqu'où " on peut aller trop loin " avec nos contemporains. J'avais d'ailleurs tenu ce langage lorsque le PDG de Michelin avait annoncé dans une même déclaration un plan de licenciement et des bénéfices substantiels.
· Qu'avons-nous fait contre Messier ?
· Que faisons-nous contre l'ensemble des réducteurs de cerveaux ?
· Je ne place pas ma dignité au ras des cloaques, donc je ne me sens ni atteinte ni même concernée par les gesticulations afférentes à TF1, fussent-elles celles de son PDG.
C'est donc l'esprit léger que je passe à autre chose.
Bons baisers de Tante Sophie !

2: Il était une fois (2004)

 

Il était des centaines et des milliers de fois l'imagination captivée dès l'énoncé de cette formule " Il était une fois… ". Elle contenait la promesse de l'aventure que l'on ne peut vivre que par la magie des mots.
Il était une fois… des mondes à l'infini, peuplés de fées, d'elfes, de sorcières et d'enchanteurs ; des mondes où les animaux parlaient, où les princes et les ramoneurs épousaient des bergères ou des chattes blanches, où les crapauds se métamorphosaient en beaux garçons, par la grâce de l'amour.
Certes, la morale était particulière. Souvent le conte était cruel et ses acteurs, humains ou autres, n'étaient pas forcément des prix de vertu, preuve de la lucidité des auteurs. C'est précisément ce qui rendait tonique et juste le propos transcendé par la fiction.
Il y avait aussi une bonne dose d'anticipation dans les contes de fées, ni plus ni moins que chez Jules Verne. Rappelez-vous La Belle et la Bête, le miroir magique, les serviteurs invisibles, la musique venue d'on ne sait où. Reconnaissez que c'était infiniment plus exaltant quand cela ne s'appelait pas encore télévision, électronique, chaîne Hi Fi.
Les contes de fée auraient continué d'enchanter des générations d'individus et de leur insuffler le goût du merveilleux si " la bande au professeur Nimbus ", comme chantait Brassens, n'avait cru bon d'intervenir pour " frapper les cieux d'alignement ". Une certaine génération de psy de tout poil a décrété les contes de fée impropres à la consommation enfantine et susceptible de les traumatiser. La bande à Disney a, de son côté, ajouté les recettes d'un marketing standardisant au propos, avec cette manie lénifiante et manichéenne qui caractérise sa production. Difficile de s'en remettre.
Les princesses, aujourd'hui, ressemblent à la poupée Barbie, les princes à Schwarzenegger : notre imaginaire a pris un bon coup de nivellement par le bas.
Mais gardons espoir. Un certain Harry Potter est né, et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
A suivre.

 

1: Ruer dans les brancards (2004)

 

Ma Grand'Mère, que ses camarades d'atelier de couture appelaient Louise Michel, n'a jamais perdu son originalité de comportement ni de pensée. On dirait, aujourd'hui, sa marginalité. Elle ne s'en est pas moins comportée avec civisme, solidarité, respect d'autrui (à condition, toutefois que ce soit réciproque).
Elle a passé sa vie à " ruer dans les brancards " et à s'insurger contre tous les arbitraires.
Je ne peux m'empêcher de rapprocher sa liberté de celle du peintre Maurice Vlaminck, son contemporain, quand il écrivait, à l'attention des générations montantes, un livre introuvable de nos jours " Désobéir ".
Et je crains bien de voir étouffer les aspirations exprimées par l'un et l'autre.
Le monde manichéen et standardisé auquel nous appartenons ressemble comme un frère au Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley. A créer des catégories d'individus tous rangés comme des petits pois dans leurs boîtes à vivre, à chacun son quartier, à chacun son ghetto, à pousser les enfants de la civilisation des loisirs à communiquer de plus en plus facilement avec des moyens de plus en plus réducteurs, à leur donner l'embarras de choix illusoires entre Charybde et Scylla, on tue leur imagination, leur diversité, leur goût de vivre autrement.
Liberté de penser ? Liberté d'expression ?
Assurément, nous les avons, surtout si nous ne pensons à rien et si nous n'avons rien à dire.
Quelles que soient nos entreprises, il faut rentrer dans le moule, le petit doigt sur la couture du pantalon : appartenir à la Major Company, appartenir à la Multinationale, être calibré, catalogué, codifié, voire " gencodé ", tenir dans une forme, un format et j'en passe, chacun pourra agrémenter la liste selon son bon vouloir et son vocabulaire.
La pire des armes qu'on ait utilisée contre l'imagination, c'est de transformer ses manifestations et créations en " produits ".
Produits de culture ? Rien ne vous choque ?
Il n'y a pas antinomie ?
Là où il y a " produit ", il y a " marché ". Vous connaissez la suite.
Y a-t-il un marché pour les troubadours, les poètes, les baladins, et tous ces flâneurs de la vie qui lui donnent ses lettres de noblesse ?
J'en doute.
Aussi, comme ma Grand'Mère, je rue dans les brancards, et comme Maurice Vlaminck, je désobéis, bref, je vis, je rêve, je pense, à ma manière … et j'en paie le prix.
Bon courage, les inclassables.