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Une femme qui chante sa liberté
François Bellart (Revue "Je Chante !", N°29, octobre 2003)

Entre 1967 et 1981, une chanteuse originale s'est fait entendre. Il faut se remettre dans le contexte de la deuxième moitié des années soixante. Deux femmes "auteurs-compositeurs-interprètes" tiennent le haut de l'affiche : Barbara qui met à nu, chanson après chanson, ses fêlures et ses blessures de cœur, et Anne Sylvestre qui, à cette époque, expose ses états d'âme dans des petites fables de plus en plus explicites. De nouvelles venues essayent d'autres voies, par exemple Brigitte Fontaine qui pratique l'humour féroce et la dérision, ou Catherine Ribeiro la révolte… Toutes ces artistes posent, chacune à leur manière, quelques jalons d'un féminisme qui sera d'abord explosif en désignant et en rejetant l'homme comme cause de toutes les infortunes des femmes.
Et Sophie Makhno apparaît. Ce n'est pas une nouvelle venue. Après un premier essai en 1957 comme interprète des premières chansons de Pierre Perret (sous le nom d'emprunt de Françoise Marin), Françoise Lo (son nom à l'état civil) n'avait pas quitté le milieu, mais était restée dans l'ombre, en particulier comme organisatrice de spectacles, puis en s'occupant de Barbara pour laquelle elle avait écrit quelques textes remarqués. Elle fut également auteur pour Charles Dumont, Eva, Colin Verdier.
Ensuite, "directeur artistique" chez CBS, elle fit enregistrer par exemple, Stephan Reggiani, François Béranger, Pauline Julien et bien d'autres. C'est donc chez CBS qu'elle réalise ses premiers disques sous le pseudonyme définitif de Sophie Makhno.

Dès le premier titre, le ton est donné : "Je rêvais d'un homme" ! Les relations compliquées entre les hommes et les femmes formeront le fond de son répertoire et seront chantées, par une femme, enfin ! avec autant de liberté que de lucidité… Et si les hommes ne sont pas toujours épargnés, ils ne seront pas crédités de toutes les responsabilités dans le sort des femmes.
Elle n'oublie pas que les hommes et les femmes doivent, au moins un temps, vivre ensemble, qu'ils se désirent réciproquement, et elle proclame sans fausse honte que les femmes ne peuvent s'en passer. C'est un tout autre ton…
Un autre ton de voix. Une voix juste, sans artifices ni effets, à l'articulation parfaite, parfois légèrement plus sévère ou plus souriante selon les situations, une voix que l'on reconnaît entre mille à la première écoute, une voix dont le détachement convient à merveille à la lucidité des constats qu'elle énoncera dans ses chansons. Une très belle voix qui s'insinue sournoisement dans votre mémoire et y implante ses mélodies et ses textes.
Car si Sophie Makhno est elle-même une mélodiste inspirée, elle sait aussi s'entourer de musiciens prestigieux qu'elle a pu connaître dans les studios d'enregistrement, et qui lui composent de superbes mélodies à la fois travaillées et populaires. On retient tout de suite les musiques de ses chansons : elles tiennent un rôle majeur dans leur réussite.
Quant aux textes qu'elle écrit, ils sont à la fois simples et imagés, remplis de détails accrocheurs et compréhensibles à la première écoute. Toutes ses chansons sont assimilables d'emblée, mais la réécoute permet d'en déceler toute la poésie et les subtilités.
On ne peut s'empêcher de regretter que ses chansons n'aient pas eu plus de diffusion : elles n'auraient pas empiété sur les territoires d'autres chanteuses. Sans doute contenaient-elles des thèmes ou des mots légèrement en avance sur leur temps, mais qui seront couramment chantés dans les années suivantes ! Peut-être dérangeaient-elles un peu à ce moment-là ! Ces thèmes, explorons-les en réécoutant les cent chansons qu'elle a enregistrées elle-même, et qui sont donc celles qu'elle assume pleinement.

L'amour, les hommes, les femmes
Sophie Makhno chante l'amour… Elle imagine un amour qui dure toute une vie partagé avec un homme qui éprouve en retour des sentiments identiques "C'est un événement, par les temps qui courent / De s'aimer encore d'amour ". Un amour fait d'une succession de moments merveilleux dont on profite à plein et d'épisodes plus difficiles que l'on minimise ou que l'on tente d'oublier. Un amour qui vous accompagne doucement au fil des années et s'adapte à l'âge "Ils nous ont laissé des traces / Nos hivers nos printemps ". Un amour fait de confiance et de sérénité. Un amour qui fait de deux personnalités quelconques un assemblage original et fécond. Il y a sur cette idée une magnifique chanson "Ensemble" sur une subtile et ensorceleuse musique de Michel Portal. Elle doit y tenir car c'est l'une des rares qu'elle ait enregistrée deux fois à douze ans d'intervalle. On ne peut résister au plaisir d'en citer une strophe. C'est de l'émotion poétique pure :
"Faire surgir de nos déserts
Une eau qui rejoigne la mer
Et nous ressemble
Laisser se passer les autans
Et sous la violence des vents
Tenir ensemble "
Mais, pas naïve, la chanteuse sait qu'un tel amour est rare et exceptionnel et qu'il est illusoire de penser le trouver dès la première rencontre. C'est pourquoi elle chante aussi les essais et les bilans "Pour compter mes hommes / Compte les bagues à mes doigts ". Cet amour total est tellement enthousiasmant et attirant qu'il faut en permanence être à sa recherche : il se cache peut-être derrière d'innocentes amourettes, derrière des nuits de plaisir partagé "Est-ce un homme pour une nuit / Est-ce un homme pour la vie ", derrière des coups de foudre pour lesquels il faut être disponible "On se trouve, on se sépare, par hasard ", derrière des amitiés "…Sur l'amitié / Et même sur l'amour il avait son idée / Mais une idée si avancée / Qu'il fallait d'abord l'expérimenter ". Ces amours passagères, ouvrant ou non vers le grand amour, sont donc détaillées dans de nombreuses chansons, sur tous les tons, avec toute la palette des nuances entre gravité et humour.
Et parce que cet amour-là ne peut se vivre qu'avec un homme, on aborde là le morceau de choix de l'œuvre de Sophie Makhno : les hommes. Tout un programme. Ils ne sont pas épargnés : immatures, inconscients, paresseux et lâches, mufles et égoïstes, ils sont habillés sur mesure au fil de nombreuses chansons "J'en trouve partout de ces hommes en paille / Dans mon bénitier dans mon lit dans mon bêtisier " ! Mais curieusement, ces reproches, assez courants chez les auteurs un peu féministes, ne sont jamais appuyés, jamais définitifs. Toujours le texte, la musique ou simplement le ton de voix relativise le reproche et le met en perspective avec les responsabilités des femmes. Et au fond, l'homme est considéré avec un regard tendre et indulgent : l'homme est tel qu'il est "T'es pas tout vilain pas tout beau… / Tu n'es qu'un homme un point c'est tout ", mais semble dire la chanteuse, il est indispensable et il faut faire avec, on ne peut s'en passer. A une époque où les féministes pures et dures excluaient les hommes de leur environnement, Sophie Makhno assure qu'elle aime les hommes "Et moi je suis la reine des pommes / Quand j' suis pas dans les bras d'un homme ". Elle ne les absout pas de leurs défauts, mais semble indiquer qu'il leur manque peu de choses pour qu'hommes et femmes puissent vivre ensemble le plaisir et le bonheur de l'amour et de la vie à deux. Et loin de les vouer aux gémonies, elle suggère que c'est à leur portée.
Et elle ajoute que les femmes, du moins celles qu'elle stigmatise, sont loin d'être parfaites : elles n'ont que les hommes qu'elles méritent ! Elle les décrit comme capricieuses, superficielles "Tu me demandes ma main tu es fou de mon corps / Moi je veux une voiture de sport ", trop sensibles, influençables et pas toujours lucides "A chaque fois j'ai tort, je marche, je cours encore / J'arrive pas à penser qu'ils sont bêtes ", même si souvent plus responsables!
Le temps et l'expérience
Le temps et les temps sont aussi des thèmes récurrents dans ses chansons… Le temps qui s'écoule, que l'on perd ou que l'on occupe avec densité, la durée qui permet de consolider l'amour, de retrouver la sérénité après les regrets ou de cicatriser les blessures des ruptures, d'oublier, de relativiser, d'engranger les expériences et les espérances. Le temps de la réflexion et de la méditation "A se laisser vivre au fil du temps / Doucement / On prend la patience des saisons / Qui s'en vont ". Et puis les temps, les différentes phases de la vie qui se succèdent, les moments forts de la passion et les intervalles de solitude difficiles à supporter "La pluie tombe depuis des siècles / J'attendais près de la fenêtre / Quelqu'un qui ne vient pas ", les périodes de calme qui permettent d'apprécier d'autres charmes, ceux de la campagne, de la nature, de la maison, du silence, de la vie simple et tranquille… et de penser à l'ultime étape de la vie, la mort qui est envisagée avec lucidité :
"Je voudrais être sûre d'avoir enfin su dire
Ce qui vit, ce qui meurt, tout ce qui porte un nom
Alors quittant le port comme font les navires
Je pourrai la chanter ma dernière chanson "
La vie et la liberté
Sophie Makhno est une grande amoureuse de la vie et de tout ce qu'elle apporte de positif… Elle aime profondément les gens honnêtes et droits, comme sa grand'mère à qui elle rend un magnifique hommage :
"Toi qui n'a jamais aimé suivre
Le chemin des idées reçues …
Tu as fait ton dernier voyage
Avant que tout tombe en morceaux…
Si je chante aujourd'hui grand'mère
C'est que tu aimais mes chansons "
Elle revendique sa liberté de femme qui se moque des contingences et des obligations. Elle exècre toutes les laideurs de la nature humaine qui pourrissent l'existence : les lâchetés dans la famille ou dans le milieu professionnel "Y a des choses qui se font / Et des choses qui ne se font pas / Dans la société / Pour ne pas passer / Pour un con ", la bêtise, les regards médisants, le fric "Ca me fout le vague à l'âme / L'odeur du pognon ", les injustices, la drogue "La fléchette ou la fumée / C'est largement dépassé… / C'est plus drôle de s'embrasser " ou la guerre "Les tambours et les va-t-en-guerre / Ca ne me donne pas le grand frisson " qui ne résolvent rien. Elle croit au pouvoir des mots et vénère l'écriture "J'aime entendre, réentendre et réapprendre / Ces petites phrases-là " qui autorise justement l'expression de cette liberté, par la poésie, par la gravité, par l'humour dont ses chansons sont en permanence émaillées.

Dans ses chansons, par son écriture poétique diversifiée et par ses musiques pertinentes, Sophie Makhno défend ses idées avec chaque fois un climat différent, un regard toujours renouvelé et toujours original : chacune est un petit bijou qui captive l'attention. Plus de vingt ans après, elle a choisi d'en rééditer une trentaine. C'est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir une grande dame de la chanson. Ne manquez pas cette opportunité.

François Bellart (Revue "Je Chante !", N°29, octobre 2003)


 


La Femme du 20e Siècle

Elle n’est qu’une débutante, et pourtant elle connaît la chanson. En effet, avant d’être interprète, elle s’est occupée de la carrière d’Anne Sylvestre et de celle de Barbara. Ces deux illustres devancières peuvent-elles servir de référence a la carrière de Sophie Makhno ? Oui et non. Oui, car Sophie Makhno s’est résolument tournée vers la qualité. Non, puisque Sophie possède sa propre personnalité.
A la première audition, on est surpris par sa voix. Est-ce une femme ou une enfant ? De la première, elle possède la tendresse, un brin de cynisme et un côté légèrement sophistiqué. De la seconde, elle a les accents naïfs et quelques fois cruels. Le mélange des deux personnages apporte du neuf, un neuf qui étonne.
Comme tout ce qui fait preuve d’originalité, la voix de Sophie Makhno est faite pour être réécoutée, alors, on s’habitue et on en redemande. Avec des mots courants, elle parvient à faire preuve de personnalité. En effet, c’est dans sa façon de les grouper, de les associer que Sophie Makhno suggère des images neuves. Les musiques qui accompagnent son texte sont simples, faites pour être retenues. La recherche se situe alors dans les orchestrations avec les sonorités nouvelles ou les arrangements baroques.
Le thème de ses chansons est toujours le même : l’Amour. Rien d’original à cela direz-vous ; pourtant elle le chante comme une femme du vingtième siècle : indépendante et pourtant soumise.
Sophie Makhno nous propose des assemblages qui semblaient presque impossible à réaliser. Elle est celle par qui les contraires s’attirent et parviennent à se ressembler. Pour le prouver elle a choisi un prénom de princesse et un nom d’anarchiste.
Sophie Makhno n’aura pas de « tube », elle aura une carrière.





DISQUES DE VARIETE

Elle s’appelle SOPHIE MAKHNO et chante l’amour sans passion, avec détachement, sur un ton impertinent, parfois cynique, qui n’est jamais sans rappeler celui de Jeanne Moreau. Intelligente comme elle, dure et tendre, un brin sarcastique, se moquant volontiers des autres et d’elle-même, car elle se veut sans illusions, Sophie Makhno ne croit pas aux amours romantiques, aux promesses éternelles. S’il arrive parfois qu’elle s’attendrisse « du coin du cœur », elle semble considérer qu’un tour de cœur c’est bien moins important qu’un tour du monde. « Ça ne vaut pas la peine qu’on s’en fasse un chagrin…Vous aurez d’autres tours de danse, vous connaîtrez d’autres prénoms, je me reprends, reprenez votre vie. »
Indifférence ? Je ne pense pas. Nouvelle manière d’être plutôt et, en cela, ce disque nous a intéressé. Il apparaît comme un témoignage sur une certaine femme 1967, éprise de la liberté la plus totale, pas suffragette pour un sou, certes non, mais farouchement jalouse de son indépendance jusque et surtout dans l’amour. On n’approuvera pas ses options, mais nous devons avouer qu’elle traduit une forme de la sensibilité contemporaine dans une originale recherche de l’expression. Ces « fêlures du petit matin », nous en sommes témoins tous les jours et c’est peut-être là l’essentiel à retenir : Sophie Makhno nous fait prendre conscience par l’acuité de son talent, par ses dons incisifs d’observation et de traduction, du mal de vivre de nombre de nos contemporains. Une excellente chanson, Les Mots, ironique mais tendre en même temps : « En cette fin d’après-midi, tu me racontes hier matin, des mots qui demain parlent d’hier, qui mettent ton été dans mon hiver et ma peine dans ton ciel bleu. » (33 T CBS 63 084.)
P. HAUTTECOEUR



L’Homme devient un partenaire

On se demande quelquefois comment certains hurluberlus de mon espèce peuvent s’intéresser autant à cet art dit « mineur»: la chanson. Ma réponse est le disque de Sophie Makhno.
On entend des fadaises. Les minettes vous agacent. Des prétentieux au verbe haut vous irritent. Vous avez envie de casser votre poste de télévision, de flanquer les disques par la fenêtre, de tout laisser tomber et puis vous recevez un disque comme celui-là. Vous êtes sceptique : sur la pochette vous avez reconnu la photo d’une directrice artistique connue sur la place de Paris ; elle a changé de nom, pas de visage ! Vous posez le disque sur le plateau et vous entendez une douzaine de chansons, sans prétentions, mais d’un ton nouveau.
De quoi parlent ces chansons ? De « lui », c’est-à-dire « d’elle ». Ce sont des chansons d’amour du côté femme, d’une certaine espèce de femme d’aujourd’hui : il serait exagéré de dire « la femme d’aujourd’hui ». Elle lance la liberté, liberté sexuelle certes, mais aussi et surtout peut-être la liberté d’avoir des sentiments, des passions, des désirs : le droit de le dire et le droit d’être femme. « Lui » du coup n’est plus le maître, il est le partenaire. Tout cela ne va pas sans amertume : la légèreté n’est qu’apparente dans ce disque ! Sophie Makhno a beaucoup de pudeur, de délicatesse, de sensibilité.
Sophie Makhno… : pour lui, 30cm, C.B.S., 63.084.

Christian HERMELIN




Nous, cette semaine… ON A BIEN AIME… par Guy Vidal
SOPHIE MAKHNO

Une femme-femme adulte. Pas du royaume des minettes. Ni de celui des grandes miauleuses (cf. Barbara, Marlene, etc). Ni se vantant de son sexe. Ni le niant. L’acceptant. Avec aisance, naturel. Pour traduire ce que l’on ressent à l’écoute de ce 30cm (distribution Sonopresse), mélanger l’acide du mot « fraîcheur » à la douceur ronde de « moiteur ». Dire aussi qu’il y a là ironie, tendresse, humour, mesure, plus cette part mystérieusement animale qui n’existe que chez la femme. Un disque sûr et pour les hommes. Pour essayer de mieux connaître cette Amérique que nous sera toujours la femme.

4 Octobre 1967
Le bonheur de Sophie

Un nom emprunté à un célèbre anarchiste ukrainien, un visage d’Asiatique, une voix enfantine et provocante, c’est Sophie Makhno, nouvelle venue dans le monde de la chanson. Nouvelle ? A vrai dire, pas tellement. Il y a des années qu’elle travaille, sous son vrai nom, dans le « show-business », en organisant des spectacles et en écrivant pour d’autres des refrains et des couplets. Elle reste d’ailleurs directrice artistique d’une grande maison de disques. Mais ce n’est que très récemment, six mois au plus, qu’avec bonheur elle s’est décidée à chanter.

Son style est neuf : la femme libre du XX° siècle qui se conduit d’égal à égal avec les hommes. Tendre, elle voile ses sentiments sous l’ironie et l’humour. Elle aime jouer avec les mots, dessiner des images insolites et ses orchestrations sont recherchées et originales. Au moment où la chanson « écrite » regagne le terrain que la vague yé-yé lui avait fait perdre, Sophie Makhno a une place a prendre.


25 Décembre 1967
SOPHIE MAKHNO

La révélation d’un auteur et d’un personnage. Des textes remarquables qui content l’aventure de la femme libre d’aujourd’hui. A écouter sans faute.
33 tours, 30 cm CBS.


27 Décembre 1968
Music-hall

Dans le music-hall et la chanson, peu de remous prévus en 1968. On ne verra ni Brel ni Bécaud a l’Olympia : tous deux préparent une comédie musicale, Bécaud pour les Américains (« Femmes »), Brel pour les Français. Il reste cependant assez de vedettes à Bruno Coquatrix pour remplir ses programmes : Enrico Macias et Georgette Lemaire (en mars), Richard Anthony (en avril). Aznavour – qui ne jouera pas, quoi qu’on ait dit, le rôle du résistant Manouchian dans le film « l’Affiche rouge » - ouvrira la saison accompagné de Pia Colombo.
A Bobino, on verra d’abord en janvier Guy Bedos et Jean-Claude Annoux ; Serge Reggiani, rentrant d’une grande tournée des maisons de la culture avec Gilles Vigneault, l’homme du Québec, prendra la relève en février. Catherine Sauvage et Mouloudji sont prévus en mai.
De nouveaux visages : une fillette de 16 ans, Béa Tristan, qui écrit et chante comme un Brel adolescent ; une jeune fille de 19 ans, Martine Boujoud, lancée par l’écurie Stark, qui après avoir prouvé qu’elle était et, elle aussi, une voix à la Piaf. Mais on parle également de Sophie Makhno qui, après avoir prouvé qu’elle était capable d’écrire de belles chansons, veut maintenant prouver qu’elle peut aussi les interpréter.

Yvette ROMI


JARDIN DES MODES
Actualités Flèches par Nicole Bamberger
Chansons
« 33 tours » de chansons

Sophie Makhno, une grande nouvelle venue. Avec cette fille de trente ans, la femme d’aujourd’hui entre dans la chanson; une voix enfantine et provocante. C.B.S. : 63 084.

MF Disques par Nathalène Isnard
Offrir un disque, c’est comme offrir un parfum… Il faut savoir bien le choisir. Parmi l’abondante production de la fin d’année, nous vous en proposons quelques-uns
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Pour Lui… Sophie Makhno.
Des chansons tour à tour naïves ou provocantes qui ne laissent guère indifférent. Une chanteuse assurément originale au sens le plus noble du terme. Et pourtant elle est bien ce qu’on peut appeler une femme de notre temps. (CBS).


Disques

Une douce jeune femme brune chante avec talent : « C’est au mois de janvier », c’est Sophie Makhno.
« C’est au mois de janvier » n’est ni une rengaine ni un air d’actualité, mais c’est bien joli quand même ; c’est la ravissante Sophie Makhno, une douce brune au nom de terroriste qui le chante. (CBS).


SOPHIE MAKHNO… UNE REVELATION
Jean Monteaux

Son nom est tout neuf, ses treize chansons sont l’aboutissement d’années de travail dans les variétés – elle a été attachée de presse, impresario, directrice artistique. Mais si la fréquentation de Barbara, d’Anne Sylvestre est, pour une oreille avertie, parfois sensible dans ses œuvres, elle n’est jamais déterminante ; Sophie Makhno offre un style d’écriture et d’interprétation, une forme d’expression poétique, un tour d’esprit – et de cœur – qui reflètent une personnalité fascinante.
A travers ses textes – inséparables de leur contexte mélodique, ce qui me semble être le propre de la chanson – se dessine la jeune femme non de notre époque mais de notre actualité. Par la tendresse de son cynisme, par cette (illisible ) qui déguise sa douleur, par sa quête d’une indépendance qui ne serait pas seulement liberté, Sophie Makhno révèle et fixe l’image secrète de la trentaine au féminin et en 1967.
Toutes ses chansons exigent une écoute attentive parce que chacune est différente. « Moi, je veux bien », par exemple, séduit d’abord par l’habileté de sa structure puis touche par la pudeur de l’inexprimé. « Sous un parasol » vient à point pour nous ramener à l’humaine vérité : mieux que toute drogue, l’amour est le plus efficace de tous les hallucinogènes. « Je rêvais d’un homme », ou Sophie Makhno confie, « Je veux retrouver mon cœur, mon rire et ma santé », image avec une ironie teintée de mélancolie, la désillusion devant l’homme dévirilisé.
Sous la légèreté drôle de « Je r’tourne chez les ours » dont chaque mot est irremplaçable, se devine, face à notre aujourd’hui, la déception. « Avant toi, avant moi » donne le plaisir d’un jeu d’esprit puis, brusquement, force la méditation. Et les oppositions d’images des « Mots », les trouvailles poétiques d’ »Ensemble », la brillance d’ »Encre de Chine », la cruelle réalité de « Qui j’embrasse » satisfont autant l’esprit que la sensibilité. Un accompagnement subtil de Bernard Gérard, une pochette raffinée s’allient à cette réussite.
(30 cm, CBS).


Disques de Varietes
17 Avril 1972
« Cinq femmes qui ont du caractère »

Jean Monteaux apprécie les nouveaux enregistrements de Sophie Makhno, Eva, Colette Renard, Francesca Solleville et Barbra Streisand.

Toutes ont des qualités, toutes ont du caractère. Si les oeuvres qu’elles interprètent ne sont pas toujours en rapport avec leur talent, elles valent quand même une écoute attentive. Et la chanson n’est pas actuellement si riche qu’on fasse trop la fine oreille.
Sophie Makhno dissimule la délicatesse sous la fragilité. La voix est plus pudique que menue et l’apparente désuétude – au demeurant toute d’ironie – cache la bonne et paisible santé d’une femme dépourvue de complexes. Cette souriante sérénité permet à Sophie Makhno d’écrire des chansons qui fleurent la bergamote moqueuse et la lavande tendre. Dans « L’Air du temps », préférant « la guitare au tambour » elle professe sa foi ; on ne s’étonne plus que, dans « La Fiancée du gangster », elle évoque sa zibeline et sa Packard (17cm, Sonopresse) ; ni qu’elle constate en souriant que certains hommes « s’en vont comme des bulles de savon » (« Un Gros câlin ») ; ni qu’elle confie : « J’écris des petites chansons pour jalonner les saisons » (« J’aime la vie »). Les fraîches mélodies que lui compose Bernard Gérard ont le parfum des printemps heureux. Et a l’écoute de Sophie Makhno on se surprend à penser que la vie serait bien agréable si on s’écoutait vivre. (17cm, Spinaker, Sonopresse)


LES MEILLEURS DISQUES DU MOIS
Un Sourire, Sophie Makhno

Ce sourire là est « un certain sourire ». Il ne faudrait pas s’y tromper. Sophie Makhno sourit, mais c’est pudeur. Elle sourit plutôt que de pleurer ; comme d’autres crient ! Ses chansons ont de temps en temps mal, mais elles se feraient hacher menu plutôt que de le dire. Elles parlent des H.L.M. et du printemps – quelle angoisse ! Des filles bottées de cuir, vêtues de soie. De la pimprenelle et du tabac. En un mot : elles sont modernes. Non dans le mauvais sens que vous pourriez supposer : celui qui se démode. Elles ont la modernité de la femme de toujours, avec un reflet de plexiglas, mais sur fond d’herbe tendre. Ce disque est pimpant et secret. Il vient par le chemin des écoliers ; par la porte à côté : bon accueil. Qu’il entre !
SOPHIE MAKHNO :1. Plutot Marie Madeleine que Madelon - 2. La porte à coté (Par le chemin des écoliers) - 3. Les hommes, les hommes, les hommes - 4. Bottés de cuir, vêtus de soie - 5. Quand je te parle des roses - 6. Avec un partenaire - 7. Mon bel H.L.M - 8. Si ce n'est pas moi - 9. Voilà le printemps, quelle angoisse - 10. La pimprenelle et le tabac - 11. J'ai fumé ma dernière cigarette. (Spinaker, distribution Sonopresse, 30 cm, SP 39.510, 28,50F).


Sophie Makhno
Du caviar et des roses – Comme papa.

CBS, 45 tr. Simple, série Gemini, 3 841.

Nous avions remarqué Sophie Makhno à son premier 30 cm. En la réentendant, nous nous disons que nous n’avions pas tort : dans le ruisselet de médiocrité qui s’écoule tous les mois sur nos électrophones, Sophie a du corps et du bouquet ! Sans aller jusqu’au « message », elle chante pour dire quelque chose. Son ton, acide et tendre, est le ton d’une personne qui en a. Ceci est bien modeste apport à ses « œuvres complètes » et – pourtant – deux chansons réussies, ce n’est pas si mal ! Pierre à pierre, gemini par gemini, Sophie Makhno bâtira son personnage. La voie est ouverte. A Bientôt.
L.B.


NOVEMBRE 67
Sophie Makhno

1. Je rêvais d'un homme - 2. Sous un parasol - 3. Moi je veux bien - 4. De mes nouvelles - 5. Un tour de coeur, un tour de monde - 6. Je suis venue de rien 7. Je r'tourne chez les ours - 8. Ensemble - 9. Avant toi, avant moi - 10. Amour-encre de Chine - 11. Qui j'embrasse - 12. Au revoir - 13. Les mots.(CBS, 30 cm, 63.084).

Voilà une entrée en scène qui va faire du bruit ! Je l’écris non seulement à cause du nom d’anarchiste que porte volontairement cette nouvelle venue. Mais aussi à cause de ce qu’elle dit de la façon dont elle le dit, et de ce qu’elle sous-entend. Sophie Makhno – en qui Lucien Rioux voit justement le type de la jeune femme d’aujourd’hui : belle, dure, tendre, un peu cynique, un peu naïve – dit les choses avec une intelligence lucide qui aurait fait fuir nos grand’mères au fin fond des confessionnaux. Mais enfin, elle a une voix. Elle parle. On l’entend. Exorcisée ou pas, on comprend que sa préoccupation dominante est l’amour. C’est donc une vraie femme. La drogue et le plaisir appartiennent au pittoresque. Ils sont la pour mémoire. Pourtant, comme c’est une combattante, elle fait semblant de rien. Elle prêche le faux pour dire le vrai. C’est dans ce va-et-vient subtil, dans ce réseau de contradictions « internes » que se situe la personnalité en question.
La voix est belle, souple et nue. La dame se tient en retrait. Puis, on ne sait pourquoi, la dame s’avance et la déborde. C’est léger, lumineux, subtil, imprévu, grave sans attitudes, gai sans grands rires. En un adjectif, c’est vivant. Ca jongle comme un film de Godard. Ca ne se prend pas au sérieux, mais c’est sérieux quand même. Et pour d’autres raisons.
Une dame à suivre.
L.B.


L’actualité du disque
Sophie MAKHNO « La Maison de vos reves »

A entendre Sophie Makhno nous expliquer si joliment comment atteindre « La Maison » (de vos rêves) on a envie de suivre son conseil. « Il n’est pas interdit de rêver » chante-t-elle mais on s’aperçoit très vite qu’elle a également les pieds sur terre quand elle évoque « L’air du temps » ou ce « Mois de janvier » chargé de souvenirs. C’est toujours dit avec infiniment d’humour et une sensibilité certaine.
(33 tours L.M.C.E. 79.001 L.M.C.P.S.)


25 Décembre

Sophie Makhno… pour lui… « Lui » a bien de la chance, car ses chansons écrites (toujours) et composées (parfois) sont l’œuvre d’un personnage incontestablement cynique et tendre à la fois. Difficile de citer un titre dans ces conditions.
(33 tours C.B.S., 63 084.)


15 février 1972
Magny et Makhno :
Jean Monteaux donne les raisons de son enthousiasme pour les nouvelles œuvres de Colette Magny et de Sophie Makhno.

Sophie Makhno : le charme couronné d’épines, la délicatesse acérée, le désinvolture barbelée. Un tour désabusé, suprême pudeur d’une passion latente. Une vraie femme, satisfaite et fière de sa vocation qui est d’aimer les hommes et d’en être aimée. Et onze chansons de bonne santé dont l’une, « Plutôt Marie-Madeleine que Madelon », réhabilite la petite vertu après un demi-siècle de tricolorisme de maison close.
Pour interpréter ses œuvres les plus mordantes sous une apparente désuétude – « Bottés de cuir, vêtus de soie », «Voilà le printemps, quelle angoisse » - ou les plus ironiquement anodines – « Mon bel H.L.M. », « Avec un partenaire », « Si ce n ‘est pas moi » - ou encore les plus sensibles derrière un tulle tissé de sourires – « La porte à côté », « J’ai fumé ma dernière cigarette » - Sophie Makhno affecte le dilettantisme et le détachement d’une pensionnaire des Oiseaux. Et cette préciosité qui n’est qu’artifices amplifie la force de son expression. Elle lui permet aussi de conjuguer « emmerder » - dans « Quand je te parle des roses » - avec une superbe qui exclut toute vulgarité.
Les compositeurs, les musiciens, les techniciens qui ont collaboré à la création et à la réalisation ont parfaitement allié leur état d’esprit à celui de Sophie Makhno. Si bien que ce disque de haute ironie est une réussite. (« Les Hommes », 30 cm, Spinnaker, Sonopresse).
J.M.


FEVRIER 71

Le paysan et la princesse
* Un Canadien avec ces chiens et un Boris Vian femelle

Il est maigre, nerveux. Un visage en lame fait pour trancher le vent. Sa voix étrange est éraillée par les grandes plaines où il faut hurler pour se faire entendre. Pas toujours juste. Peu importe. Comme lui, elle mue instantanément : à un moment, elle confie, douce, insidieuse, rauque toujours, mais avec une tendresse qui polit les aspérités… La minute suivante, elle s’arrache, enfonce les tympans, entraîne… Voix du vent qui rafraîchit les visages et déracine les chênes.
Un orchestre l’accompagne. Cinq musiciens, semblables à ceux qui font danser les noces des villages perdus, dominés par la sonorité aigrelette et entraînante du « crin-crin », d’un violon de campagne. D’instinct, les pieds retrouvent les pas de la gigue et du rigaudon.
Ainsi se dessine la silhouette de Gilles Vigneault, 40 ans, ex-séminariste, ex-bûcheron, ex-marin, ex-professeur, aujourd’hui poète, chansonnier, musicien et porte-parole du Québec. Conteur aussi, capable de faire de son village, de son pays et de ses hommes des héros de chansons. Il parle :
« J’aimerai vous raconter l’histoire d’un facteur de la côte nord, qui… »
La voix martèle les mots :
« … avec ces chiens de Kaska, son fouet, ses raquettes longues, ses sacs de malle, sa drague… »
La musique apparaît, la parole devient chanson :
« … et puis son grand cométique (1), ferré, foncé, lacé pour les tempêtes d’hiver… » Suit l’histoire de Jos Hebert, « qui s’en va porter les lettres d’amour des gars du Havre-Saint-Pierre aux filles du Blanc-Sablon ». Un personnage exemplaire. L’œuvre de Gilles Vigneault forme le plus étonnant album de portraits que la chanson ait connu. S’y côtoient Ti-Paul-La-Pitousse le bûcheron, Jean-du-Sud le marin, John-Débardeur le docker, Jack Monoloy l’Indien, Caillou-la-Pierre le centenaire, Money-Bum le vagabond, Ti-Franc-la-Patate le cultivateur. Tous vrais, pas inventés. Vigneault les a connus, son père les a côtoyés journellement. Ils sont robustes, frustes, tendres. Ils ont le goût de la liberté, un certain humour et une grande sagesse. Ils sont les pères des Québécois d’aujourd’hui.
De la vient le succès de Vigneault. Il a rassemblé dans ses chansons tout ce qu’est le Québec. Le pays immense et ses multiples langages. La langue précieuse des lettrés, le « patois-dix-septième » des campagnes et le « joual », curieux argot des villes ou le français et l’anglais se mêlent sans pudeur. « Peut-être que le public se reconnaît en moi, qu’il vient s’applaudir lui-même… » Parce qu’au bout de ma chanson est mon pays. »

Un journaliste de Montréal :
« Vigneault nous a tous paysés. »

Vigneault, il faut le voir : il passe pour quelques semaine au Théâtre de la Ville (tous les soirs a 18 h 30). Ne le manquez pas

(1) D’après le lexique établi par le poète Henri Pichette, grand admirateur de Vigneault, un cométique est un traîneau eskimau et un sac de malle un sac de courrier.


Sophie Makhno, comme Vigneault, a fait nombre de metiers : institutrice, secretaire. Mais tres vite, elle s’est lancee dans le music-hall. Elle a monte des spectacles. Elle a travaille avec Anne Sylvestre, Barbara, Patachou. Elle a ecrit des chansons pour les autres. Puis un jour, elle a saute la barriere. Elle a choisi un pseudonyme provoquant : Sophie Makhno, prenom de princesse, nom d’anarchiste, et elle s’est lancee.
Son premier 33 tours avait attire l’attention des critiques. Un ton nouveau, persiflant, agressif. Elle se moquait des modes, racontait, sans tremolos, de legeres histoires d’amour. Trop originale, elle rebuta les programmateurs de radio. A part quelques exceptions, ces specialistes n’aiment guere ce qui sort des normes admises. Ce Boris Vian femelleles choquait.
Elle vient de sortir un grand disque (chez Sonopresse). Excellent et toujours aussi suprenant. Elle ironise : « Voilà le printemps, quelle angoisse ». Elle se presente « Plutot Marie-Madeleine que Madelon ». Elle continue d’agresser et se sert des mots comme de banderoles. Libre, intelligente, independante.
Lucien Rioux


Disques
25 Février 1971

SOPHIE MAKHNO

Cette voix nuancée, vive, enjouée, cette façon de dire les choses sans avoir l’air d’y toucher, cette désinvolture et cette gravité. Il y a longtemps qu’on les attendait. Pour la première fois une Française parle aux Français. Elle ne leur chante pas les contes de la mère l’Oye, elle ne donne pas dans la copie d’ancien, ses remarques, ses refrains sont d’époque, la nôtre.
Idées longues et cheveux courts, plutôt Marie-Madeleine que Madelon, bottée de cuir, vêtue de soie, sortie d’une H.L.M., bâtiment vingt-deux ou vingt-trois, préférant la marijuana, la pimprenelle, la sarriette et le tabac, venue surprendre au saut du lit celui à qui elle voulait « faire une fête », elle fume une dernière cigarette devant un café refroidi, « en attendant qu’il se décide à sortir de sa nuit ».
Ce ne sont que des hommes, en somme, les hommes dit-elle, à juste titre, un peu plus loin, posant ainsi en les inversant les véritables données du problème de l’émancipation de la femme. Mieux qu’une découverte, une révélation.
C.S.
· Les Hommes, les Hommes, les Hommes, SP, 39.510, Sonopresse, 28,40F)


Chansons de notre enfance
par
SOPHIE MAKHNO

Sophie Makhno interprète les grands classiques de la chanson enfantine: La Mère Michel, Cadet Rousselle, Le Roi Dagobert, de sa voix juste et sans fioritures.


Sophie Makhno chante "Au Pays des Animaux"

33 tours 99.501

Depuis quelques années, le domaine des disques pour enfants s'est enrichi du nom de Sophie Makhno. Non seulement elle écrit de charmantes chansons, les chante, mais elle s'attache à donner une enveloppe attrayante aux enregistrements qu'elle réalise pour eux. Il en est ainsi pour le "Pays des Animaux" dont le 33 tours regroupe 12 chansons consacrées précisément à des histoires d'animaux: "La petite souris", "Berceuse du poisson-chat", "Petit loup de Sibérie", etc... Une reproduction de la pochette, en noir et blanc, est jointe pour être colorisée.

De surcroît, chaque chanson a sa version 45 tours en livres-disques illustrés par Marina Pratti de la plus exquise façon.


Au Pays de Chantecouleurs et Au Pays des Animaux.

Il aurait fallu des colonnes entiéres pour vous signaler les titres des disques déstinés aux enfants parus pour les fêtes... Cependant il n'est pas trop tard aujourd'hui pour vous marquer l'intérêt que nous portons à deux séries de chansons réalisées par Sophie Makhno pour les enfants de 3 à 9 ans. Il s'agit de "Au Pays de Chantecouleurs" et de "Au Pays des Animaux". Ce sont des 45 tours bien réalisés, bien présentés dont le but est, sous la forme la plus distrayante, de familiariser les plus jeunes avec les couleurs de base et les animaux. Des séries éducatives intelligemment faites.


Loisirs

Des disques éducatifs

Sophie Makhno, auteur et interprète, vient de sortir deux séries de chansons pour les enfants de trois à neuf ans.

Une serie sur les couleurs:

"Au Pays de Chantecouleurs" (Ref. 99502), permet aux enfants de se familiariser avec les couleurs de base grâce aux titres suivants: "Compte-Cerise" (rouge), "Chanson jaune", "Berceuse bleue", "Marron-Marron", etc. 30 cm, plus poster à colorier.

Une serie sur les animaux:

"Au Pays des Animaux" (Ref. 99501), dont les titres font connaître aux enfants les bêtes familières ou sauvage: "Un grillon dans le carillon", "Chanson pour les chats", "Petit loup de Sibérie", "Berceuse du poisson-chat", etc. 30 cm, plus poster à colorier.

Chaque titre de ses deux séries existe en 45 tours, une face chantée, une face orchestrée pour permettre aux enfants de chanter grâce au texte imprimé à l'intérieur de la pochette.


F. MAGAZINE

ENFANTS / Noël Disques
Astucieux, tendres et m
élodieux.

Leur 45 t., ils le trimballeront de pièce en pièce, le mange-disque à la main. Vous connaîtrez vite chaque air, chaque texte. Alors autant en choisir d'agréables à l'oreille et de plaisants à l'esprit. Nous avons sélectionné pour cette fin d'année : Si les rats se font la guerre ("c'est qu'il ne reste plus guère que les trous sans le gruyère"), le Quadrille des animaux ("faire danser la poule avec le renard") et Un grillon dans le carillon ("compte les heures"). Ce sont trois disques avec paroles et musique. Une face chantée et l'autre orchestrée pour que l'enfant fasse son propre play-back. Astucieux.


L'HUMANITE DIMANCHE / VIVRE AUJOURD'HUI

Sophie Makhno a choisi un parti différent. dans ses chansons pour "Le Chat", "Le Dragon Chinois", "Un Petit Homme Vert", elle veut faire participer l'enfant. La deuxième face de chaque disque comporte seulement une bande orchestrale qui permet au jeune auditeur (3 à 6 ans) de devenir chanteur à son tour.


# 99 Mars 2003
Le retour de l'interprete
SOPHIE MAKHNO

De retour du 8 au 19 avril au Sentier des Halles avec son nouveau spectacle « Je me fous d’avoir vieilli », ainsi qu’un nouvel album du même nom, cette parolière de Barbara et Dumont a également été interprète et a enregistré plusieurs albums. Retour sur près de 45 ans de carrière.

Tour à tour institutrice, apprentie comédienne, journaliste, organisatrice de tournée, secrétaire d’artistes, directrice artistique, Françoise Marin enregistre en 1957 sous son vrai prénom un 45 tours (chez Barclay) contenant 4 titres composés par un jeune artiste totalement inconnu qui est également son compagnon, un certain Pierre Perret. En 1963, Barbara demande à Françoise devenue Lo de travailler avec elle. Celle-ci sera pendant plus de deux ans à la fois secrétaire mais aussi parolière. Elle lui écrira « Septembre (quel joli temps) » entre autres et fera de Barbara une vedette. C’est en 1966 que Françoise Lo entre chez CBS comme directrice artistique, de Charles Dumont, Patachou, Gilles Vigneault…

Mais c’est en 1967, sous le nom de Sophie Makhno (Sophie en hommage à la princesse et Makhno comme l’anarchiste) qu’elle sort son premier 33 tours (chez CBS !) intitulé « Pour Lui ». Dans cet album, on retrouve la chanson « Je rêvais d’un homme » dans laquelle elle évoque la liberté sexuelle féminine, mais aussi des titres qu’elle a écrit avec le jazzman Michel Portal, le pianiste Bernard Gérard, le chanteur Joël Holmes ou celui qui devient son interprète fétiche, Charles Dumont (pour lequel elle a composé une centaine de chansons dont « Ta cigarette après l’amour »).

L’année suivante (chez CBS toujours), sort « Teuf Teuf », le second album. Douze titres dont elle a signé tous les textes et qu’elle a composés seule ou avec les mêmes, plus Stéphane Reggiani (« Obsessions 68 »).

1972 marque un renouveau : Sophie Makhno a quitté CBS et publie « Les hommes, les hommes, les hommes », son opus distribué par Sonopresse. Comme à son habitude, Sophie y signe tous les textes et une partie des musiques, ou alors fait appel au chanteur engagé Francois Béranger, aux chanteurs plus romantiques Colin Verdier et Jacques Blanchard, aux arrangeurs Jean-Claude Petit (Cloclo, Sheila) et Jean Frédenucci (Cloclo, Feldman et Norman Ray).

Frédenucci, Verdier, Blanchard continuent à travailler avec Sophie sur son quatrième opus en 1973, « La maison de nos rêves » paru sur un petit label. En sont extraits « L’île aux oiseaux » et « L’air du temps ». En bonus, on note une composition de Mickey Baker, le complice de Johnny.

1974, et c’est le cinquième 33 tours, toujours sur un petit label, « Je chante pour Grand’mère », avec des musiques de Joël Rocher et une seule de Colin Verdier.

En 1975, RCA distribue « Ma petite musique de nuit », soit dix titres dont Sophie a signé les textes et qu’elle a composé seule ou avec les fidèles Joël Rocher, Colin Verdier ou Michel Mareska.

En 1976, sur le même label, voici « Photo de famille », son septième album avec 10 chansons écrites par Sophie elle-même, et composées par Jean-Pierre Mas, Benoît Kaufman, et les anciens : Bernard Gérard, Joël Rocher ou encore Colin Verdier.

En 1980, sort l’avant dernier album en date de Sophie Makhno « Quel joli temps » sur le label de Mémé Ibach, le producteur de Karen Chéryl. Parmi les 10 titres de ce 33 tours, on retrouve « L’amour est un remède à la mélancolie » composé par Jean Schulteis (« Confidence pour confidence ») mais aussi « (Septembre) Quel joli temps », « Ta cigarette après l’amour », ainsi que toujours des musiques de Jean Frédenucci, Colin Verdier, Michel Portal, Bernard Gérard…

Il aura donc fallu attendre 22 ans pour que Sophie Makhno enregistre un nouvel album de nouvelles chansons. Ceux qui iront l’applaudir au Sentier des Halles pourront l’acquérir en toute premiere exclusivité… Le joli temps ne commence pas qu’en septembre…

NB : En parallèle à ces albums de variété, celle que Lucien Rioux (Nouvel Observateur) avait surnommé « La Boris Vian femelle » a également enregistré cinq albums pour enfants (dont deux ont été réédités sur le meme CD) parmi lesquels ; « Les animaux de Sophie », « Vive les vacances », « Chantecouleurs »…




Semaine du 22 au 28 septembre 2004
CHANSON
SOPHIE MAKHNO du 22 au 25 septembre à l'Essaïon
Françoise Lo, Françoise Marin, Sophie Makhno. Trois noms pour une seule et même personne, pour celle qui, de 1963 a 1966, fut la secrétaire-assistante de Barbara, avant de lui écrire des textes comme Toi l'Homme, Les Mignons ou Septembre (quel joli temps). Plus tard, en 1967, Sophie Makhno permit aussi à Charles Dumont de renouer avec le succès qu'il avait connu quelques années aupravant en compagnie de Piaf, grâce notamment à une chanson, Ta cigarette après l'amour. Aujourd'hui, sous les jolies voûtes de l'Essaion, elle entonne ses propres compositions, réunies en 2003 dans un album, Je me fous d'avoir vieilli.

* Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, Paris 4e, 01 42 78 46 42. A 20 h 30; 15€, tarif réduit 10€. Avec, en seconde partie de soirée, Eric Toulis, ex-leader du groupe Les Escrocs.


ENTRETIEN AVEC SOPHIE MAKHNO

JE CHANTE ! - Sophie Makhno, tous les lecteurs de Je chante ! ne connaissent pas votre trajectoire originale et diversifiée, et je vous remercie d'avoir accepté de la retracer. Quand avez-vous commencé vraiment dans la chanson, et pourquoi dans la chanson ?

SOPHIE MAKHNO - Je ne sais pas si on sait quand on commence vraiment... J'ai commencé par faire du cabaret en chantant des chansons de Pierre Perret... J'ai toujours su où je ne voulais pas aller : je ne voulais pas faire une carrière universitaire...
Vous aviez fait des études pourtant...
J'ai préparé Normale Sup à Fénelon (avec Anne Sylvestre !). Ensuite, je suis allée en Sorbonne, ou je préparais un certificat de géographie générale et un d'histoire ancienne, mais je ne voulais pas faire la carrière vers laquelle ça devait m'emmener . Alors, quand on sait ce qu'on ne veut pas, ça ne veut pas dire qu'on sache ce qu'on veut, mais on sait vers où on préférerait aller...
Vous préfériez aller vers la chanson ?
La chanson fait partie de ma vie, tout le temps... Quant au cabaret, c'était, à ce moment-là, l'endroit ou allaient s'exprimer ceux qui ont fait des carrières de " chanson ", mais aussi de comédiens, d'auteurs, de compositeurs, des carrières artistiques qui avaient à voir avec tout ce qui est mystérieux dans la scène et dans le rapport avec le public...
Donc, ce qui vous intéressait plus, c'était le rapport avec le public ?
C'était le rapport avec un public, avec une façon d'aborder les gens, d'être très près...
Qu'y avait-il de spécifique qui vous attirait dans cette forme d'expression-là, qui vous a fait choisir la chanson par rapport aux sketches, au théâtre ?
Le fait que j'aimais énormément de gens qui faisaient passer dans la chanson des choses qui ne passaient pas ailleurs, le fait qu'il y avait Brassens, qu'il y avait eu - et qu'il y avait encore - Trenet, Mireille et Jean Nohain... dans des registres différents, mais c'est toujours de la chanson, et ça me paraissait être quelque chose de complet. La chanson, c'est comme l'aquarelle, on n'a pas le droit à l'erreur. Il faut en trois minutes avoir fait quelque chose...
Et c'est ce challenge qui vous a intéressée ?
C'est une façon de faire, comme je préfère cent fois, mille fois, la nouvelle au roman ! Plusieurs années après avoir chanté les chansons de Pierre Perret, je me suis aperçue que j'étais mal a l'aise dans les textes des autres, et que j'avais besoin d'écrire et d'exprimer les choses moi-même parce que personne ne pouvait le faire à ma place.
Cette première expérience ou vous avez chante des chansons de Pierre Perret, sous le nom de Françoise Marin, qu'est-ce que ça vous a apporte?
J'ai pris conscience de ce qu'était ce métier de la chanson, de ses difficultés, du machisme avancé qui y régnait et qui a continué à régner, d'ailleurs !
Apres cette période, vous avez été secrétaire de Barbara. Comment etes-vous entrée dans cette activité, et pourquoi avec Barbara ?
J'ai été amenée à présenter des spectacles au Théâtre des Capucines, à un moment où les chanteurs de chansons françaises se sont trouvés à la rue sous l'impulsion de la vague dite yéyé. Pour cette catégorie de chanteurs, il n 'y avait plus d'endroits pour chanter... Gilbert Sommier avait d'abord monté les Mardis de la Huchette puis les Mardis des Capucines : il prenait des théâtres le jour de relâche et montait des spectacles de chansons mais aussi de diseurs. J'ai eu l'occasion de présenter Darras et Noiret, Avron et Evrard, par exemple, et puis Serge Gainsbourg, Barbara, Anne Sylvestre, des artistes qui n'avaient pas droit de cité dans les music-halls...
Et vous avez donc eu des contacts avec Barbara...
Elle a vu que je m'engageais sur la voie de ce que j'appelle le " secrétariat d'artistes. J'ai travaillé avec Romain Bouteille, Anne Sylvestre, Los Incas, Valérie Lagrange, Pierre Richard et Victor Lanoux qui avaient un numéro à deux... Et quand je l'ai rencontrée au Théâtre des Capucines et que je l'ai présentée, Barbara m'a téléphoné et m'a dit : " Je sais que tu ne m'aimes pas " -ça s'invente pas! - " mais je voudrais travailler avec toi, tu as une semaine pour réfléchir... . Ca s'est fait comme ça !
Et c'est aussi à ce moment-la que vous avez commencé à écrire vos premières chansons... Il y avait Les mignons, Toi I'homme...
Oui, mais déjà au Théâtre des Capucines, je disais des textes que j'écrivais, avec un accompagnement à la guitare de Ramon Herrera. Jacques Grello me dit : " Mais, mon petit, vous savez que vous écrivez des chansons ? " Je lui ai répondu : " Non, parce que si c'etaient des chansons, je crois que je m'en rendrais compte ! " Il insiste : " Vous ne le savez pas, mais un jour, la musique va venir au bout, vous écrivez des chansons, je suis formel ! " Il avait raison ! La première chanson que j'ai écrite avec Barbara, Sans Bagages, était un texte comme ceux que je disais aux Capucines. Elle aussi m'a dit : " Tu écris des chansons ! " - " Non, je n'écris pas de chansons " - " Fais voir ! " Elle a pris ce texte, l'a mis sur son piano, et elle en a fait Sans Bagages…
Et après, comment etes-vous passée de Barbara a CBS ?
En me fâchant avec Barbara !
De la façon avec laquelle elle vous avait abordée, c'était prévisible depuis le début…
Non, mais Barbara était quelqu'un d'entier, de passionné, de difficile, d'exigeant, pour qui il fallait être là dix-huit heures sur vingt-quatre : au bout de trois ans et demi, avec un accouchement au milieu, ça finit par faire très lourd… Et ce qui a fait plus lourd que lourd, c'est que, au cours d'un déjeuner avec le patron de Philips, elle m'a désavouée pour quelque chose que je faisais pour elle, et je ne l'ai pas du tout supporté ! Je me suis levée de ce déjeuner en lui lancant : " Tu n'as plus de femme d'affaires ! "
Le curriculum vitae avec Barbara, ça a ensuite facilité votre entrée chez CBS ?
Certes, mais pas seulement, parce que dans ce curriculum vitae était aussi indique que, chez Philips, on m'avait demandé de faire monter Serge Gainsbourg sur scène, ce que j'avais fait, alors que lui ne voulait pas. C'était au TEP (Théâtre de l'Est Parisien) où j'ai monté un spectacle avec Nougaro et les Haricots Rouges, puis Barbara-Reggiani. J'ai été la première a faire monter Herbert Pagani sur une scène en France… J'avais fait un spectacle dans lequel il y avait Pauline Julien et Paul Simon qui chantait, lui, en anglais, ce qui n'était pas de mise au TEP, mais le public ne s'y est pas trompé et lui a fait une ovation… J'ai fait monter sur cette scène Graeme Allwright, Los Incas…

Chez CBS, vous vous occupiez de qui ?

Chez CBS, où enregistraient déjà plusieurs artistes québécois, j'ai dit : " Je voudrais monter un vrai catalogue de chanson française, avec des auteurs-compositeurs et interprètes dans le style de ce que je connais, et je voudrais le faire en gardant un statut extérieur qui me permette de faire des choses hors CBS, c'est-à-dire de monter des spectacles qui ne soient pas complètement inféodés à des artistes d'ici. " Moyennant quoi, j'ai monté des spectacles qui s'appelaient Les visages neufs de la chanson à Bobino, et j'ai fait inviter Les Idoles de Marc'O sur cette même scène, avec Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clementi... Donc, chez CBS, j'ai fait sortir en France les disques de Gilles Vigneault. Je suis allée faire resigner à Gilles Vigneault son contrat avec Columbia au Québec, en lui promettant une scène a Paris et de m'occuper de lui, et c'est ce que j'ai fait... Et puis, j'ai eu des jeunes artistes dont Stephan Reggiani...
D'ailleurs, il y a quelques chansons qui sont cosignées...
Oui. J'ai écrit pour lui On est du même bord... et pour moi, Obsessions 68, la musique est de Stephan. Et puis, j'ai eu Charles Dumont qui m'est échu parce qu'il avait vu mon nom sur une porte, comme dit l'autre... Et Serge Franklin qui fut chanteur, avant de devenir le compositeur de scène de Barrault-Renaud et le compositeur de musiques de films, notamment du Coup de Sirocco, du Grand Pardon, d'un tas de séries télévisées, notamment Des grives aux loups dont on a écrit la chanson ensemble et dont il a composé toute la musique... Et Colin Verdier et François Béranger... J'ai réalisé les disques que Patachou a enregistrés chez CBS, par exemple... Et Raimon, chanteur contestataire catalan, avec qui j'ai fait deux 33 tours... Et aussi " Pauline Julien chante Boris Vian "... Et les deux derniers disques de Christine Sèvres... Je faisais uniquement de la direction artistique en studio, de l'enregistrement...
Alors, comment, chez CBS, passe-t-on du statut de directrice artistique au statut de chanteuse ?
Charles Dumont m'a demandé d' écrire des chansons avec lui... Je lui ai écrit, par exemple, Ta cigarette après l'amour... Et puis, j'ai écrit des chansons de femme que personne n'avait envie de chanter... Ca peut paraître très désuet maintenant, mais à l'époque, c'était très provocateur... Alors, j'ai dit : " Je vais les chanter moi-même ! "
Et pourquoi ne pas avoir gardé votre nom de Francise Lo ?
Je voulais m'appeler Françoise Lo, mais le PDG de CBS, Jacques Souplet, ne voulait pas que je chante sous mon nom de directrice artistique et m'a demandé d'en choisir un autre... J'ai pris le nom de Sophie Makhno, c'était volontairement une provocation ! Makhno était l'homme qui voulait faire la réforme agraire en Ukraine, à une époque où les préoccupations de Lénine et de Staline étaient des préoccupations d'ordre industriel et certainement pas agricoles.
Et Nestor Makhno est mort en France en 1934, après avoir perdu dans la sidérurgie française le reste de ses poumons qu'il n'avait pas perdu dans les prisons tsaristes... La vie de Makhno, c'est quelque chose qui me branchait bien...
Vous avez sollicité pas mal de monde pour les musiques en particulier… Dans le premier disque, par exemple, il y a Michel Portal, Joël Holmès, des pointures…
Qui, mais ça s'est fait tout seul... C'etaient des copains, ils faisaient partie de ma vie. Portal, je 1 'ai eu comme musicien de séance d'enregistrement, je le connaissais notamment parce qu'il a été parmi les accompagnateurs de Claude Nougaro, à l'époque…
Et ce premier 30 cm, " Pour lui ", avec ces chansons " de femme ", quel a été son impact ?
II y avait très peu de femmes auteurs et interprètes. Parce que les femmes portaient un costard qui leur était taillé sur me sure par les hommes, exactement comme leurs fringues sont faites par des hommes... Quand j'ai sorti ce disque, des auteurs-compositeurs de chansons que je connaissais m'ont dit : " Ah! Mais tu ne peux pas faire ça, une femme ne peut pas dire ça ! " J'ai répondu : " Pourquoi, et au nom de quoi ? " Et je ne sais plus a propos de quelle chanson, Jean Schmidt, qui travaillait avec Jean Fredenucci, m'a dit : " Mais on ne peut pas dire ça, tu comprends, une femme qui dit qu'elle a un amant, etc... S'il n'y a pas un côté un peu "larme à l'œil", c'est impardonnable ! " J'ai rétorqué : " Quoi, c 'est impardonnable ? Les hommes qui trompent leurs femmes les trompent avec qui en général ? " C'est ce que reflète tout ce qui a été écrit dans la presse à ce moment-là, avec bravo ou pas bravo…
J'ai eu un superbe article de Claude Sarraute : " Ah, enfin, en voila une qui dit les choses ! " Jean Monteaux, qui a dit la même chose, a été interdit de séjour dans la loge de Barbara parce qu 'il a, deux fois de suite, écrit dans Elle des papiers extraordinaires sur moi ! Lucien Rioux dans Le Nouvel Observateur, Guy Silva dans L'Humanité, la même chose. J'ai eu dans Témoignage chrétien et dans La Croix des papiers sublimes, mais qui se terminaient par: " Mais alors, où va-t-on si les femmes se mettent à dire ce qu 'elles pensent des hommes ? " ! Ce disque a eu un tel accueil de la presse que Jacques Souplet, le patron français de CBS, m'a avoué : " Je n'ai jamais vu une presse pareille pour un premier disque ! "
C'est flatteur !
Oui, mais ça ne lui faisait pas spécialement plaisir parce qu'il n'avait pas tellement envie de me voir me mettre à chanter autrement que pour me distraire, il me préférait comme directeur artistique ! Voilà. Alors, à ce moment-la, j'ai fait du cabaret et beaucoup d'émissions de radio, et j'ai eu beaucoup de passages radio, mais la volonté de Jacques Souplet n'était pas de promouvoir ce disque !
Et le deuxième CBS s'est fait dans la foulée ?
Oui. Ca a été superbe aussi sur le plan de la presse. Sur le plan des médias, j'ai commencé à faire de la télévision à ce moment-là. II y avait quand même beaucoup d'émissions de télévision, entre autres, Jean-Christophe Averty , Mick Micheyl, le samedi après-midi, Denise Glaser, le dimanche midi...
Les disques se sont alors succédé à grande vitesse... Les quatre premiers 30 cm font un ensemble, avec une sorte d'inspiration commune des chansons autour de l'amour, des hommes... Pourquoi cette inspiration-la alors qu'après vous avez exprimé d'autres préoccupations, plus environnementales, par exemple ?
Je n'ai pas du tout la conscience de ça... Pour moi, l'écriture est un flot ininterrompu ou interrompu pour des raisons extérieures, mais je n'ai pas eu le sentiment de faire des choses dif-
ferentes...
Vous avez exprimé ce que vous aviez envie d'exprimer au moment on vous l'exprimiez...
Complètement ! Ce que vous me dites, ça correspond vraisemblablement au fait que, après ce quatrième disque, je suis allée vivre à la campagne, et j'y suis restée pendant treize ans.
Donc, je n'écris pas les mêmes choses à la ville et à la campagne; quand on est à l'abri de tout, quand on sait qu'on va manger le lendemain, on n'écrit pas les mêmes choses que quand on n'est pas assuré de tout ça, c'est tout... C'est circonstanciel ! (rire)